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Un réel, des Réau : premières approches du monde carcéral

 
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titi_nikki
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MessagePosté le: Jeu 26 Fév - 11:49 (2015)    Sujet du message: Un réel, des Réau : premières approches du monde carcéral Répondre en citant

Un réel, des Réau : premières approches du monde carcéral


Compte rendu d’expérience d’un nouveau bénévole du Genepi qui, depuis janvier 2015, anime un atelier théâtre dans un centre pénitentiaire situé près de Réau (77).
Ma première visite au CPSF (Centre pénitentiaire sud-francilien) m’a fait constater que l’environnement carcéral des prisons en France est loin d’être celui montré par les médias. Ces derniers s’attardent trop volontiers sur les exemples édifiants des maisons d’arrêt de la Santé (depuis peu fermée pour rénovation) et de Fleury-Mérogis ou du centre pénitentiaire des Baumettes, qui comptent parmi les pires établissements pénitentiaires de France pour les conditions de détention. Aujourd’hui, l’espace public voit la prison comme un lieu de non-droit systématique, gangrené par l’insécurité, la saleté et les rapports délétères entre détenus et surveillants. C’est malheureusement souvent le cas mais tentons d’en avoir une vision plus objective et d’observer ce qu’il s’y passe quotidiennement…
Le Centre pénitentiaire sud-francilien est neuf. Il a été inauguré en 2011. C’est un ensemble de bâtiments en béton blanc et ocre clair austères mais pas sévères. Ils sont propres et lumineux. Comme la plupart des établissements pénitentiaires, le CPSF se trouve en revanche en plein no man’s land, à distance de toute installation humaine et au milieu d’une plaine sinistre absolument dégagée et venteuse. Il est encerclé par une clôture électrifiée, surmontée de filets anti-hélicoptères au dessus des cours de promenades et des miradors. En fait, cet architecture coercitive est certes très impressionnante mais surtout lorsqu’on l’observe de l’extérieur.
Les contacts des intervenants extérieurs (nous) et des détenus avec les surveillants m’ont paru « aseptisés ». C’est le mot qui convient pour les qualifier. Ils sont cordiaux et neutres, pour ne pas dire absolument anecdotiques. Pour notre part, en 4 heures d’intervention, ils se sont résumés à des quelques « bonjour », « au revoir » et « merci » échangés mutuellement avec un sourire un peu forcé au moment de franchir les portes sécurisées de l’établissement — je me rendrais compte plus tard qu’ils peuvent être beaucoup moins impersonnels — . Ces dernières étant toutes automatisées, nous n’y avons d’ailleurs rencontré aucun surveillant la plupart du temps. C’est le grand paradoxe de Réau : si le rapport mutuel de tension voire de coercition entretenu entre détenu et surveillant semble s’être atténué — ces derniers, lorsqu’ils se voient, se parlent sur un ton neutre voire même enjoué —, un sentiment de vide semble l’avoir remplacé. La prison devient alors une succession de portes silencieuses, de couloirs déserts, de salles vides… un vide qui pèse sur toute personne fréquentant les lieux.
Cela ne veut pas dire que Réau est un lieu vide. Au contraire, le CPSF est une fourmilière dans laquelle évoluent les surveillants, les nombreux autres membres de l’administration pénitentiaire (coordinatrice culturelle, administrateurs…), les salariés qui assurent de nombreux services (de restauration, d’entretien…) externalisés par l’État dans le cadre du partenariat public privé (PPP), les familles des détenus et les intervenants extérieurs. Parmi ces derniers, les génépistes ne constituent qu’une minorité au sein de la masse des visiteurs de prison, des enseignants de l’éducation nationale, etc. En seulement quelques dizaines de minutes passées à l’entrée de la prison à attendre que notre autorisation soit validée, j’ai pu voir plus d’une vingtaine de personnes se presser devant la porte blindée. Il est vrai que nous intervenons le mercredi après-midi et que c’est aussi la période fixée pour les parloirs entre les déténus et leurs familles. Néanmoins, nous avons pu discuter avec le responsable local de l’enseignement, un visiteur de prisons (de l’ANVP : association nationale des visiteurs de prison) et de nombreux autres intervenants.
Une première intervention et un projet : monter un atelier théâtre
La 1ère intervention à Réau s’est très — peut-être trop — bien passée. Paradoxalement, si nous avons rencontré quelques difficultés, elles n’étaient absolument pas d’ordre humain mais logistique ! Le CPSF est un complexe assez excentré, situé à 1h15 de la station Les Halles en prenant le RER D et ce, sans compter le trajet à pied qui suit… et il y a beaucoup à dire à ce sujet. Une fois atteinte la gare RER de Savigny-le-Temple-Nandy, le trajet menant au centre pénitentiaire est conçu pour vous décourager de vous y rendre. À proximité de la prison, les trottoirs disparaissent et il faut alors marcher à même la route, dans la boue quand il pleut. La prison est entourée par un vaste no man’s land herbeux et stupide, excessivement venteux et colonisé par les corbeaux. Lors de la première visite, nous avons été assaillis par une pluie et des bourrasques dignes des pires scènes de The Ghost Writer. Même si nous avons préféré prendre le parti d’en rire sur le moment, il est évident que la localisation géographique de l’établissement n’est pas anodine.
D’un naturel pourtant anxieux, je n’ai pourtant eu aucune appréhension concernant la viabilité du projet. Les détenus devant participer à l’atelier s’étaient inscrits de leur plein gré et avaient donc manifesté leur intérêt pour l’atelier. La plupart était d’ailleurs déjà au courant de l’objet des actions du Génépi quand ils n’avaient pas déjà participé à la même activité l’année dernière. Ils savaient donc que l’atelier devait se construire sur la base d’un dialogue horizontal entre détenus et intervenants dont chacun était censé retirer le meilleur. Convaincu que nous pourrions mettre à profit ces deux premières séances de 2 heures chacune, je n’aurais cependant pas cru qu’elle serait si considérable. Les séances ont consisté en des exercices d’échauffement suivis de longs jeux d’improvisations. Nous devions incarner des personnages aux caractéristiques physiques ou psychologiques précises, souvent complexes. Nous devions donc paraître, et même, à plusieurs reprises, interagir avec le voisin tout en respectant le jeu du personnage qu’il incarnait. Autant vous le dire, même si je me sentais parfaitement en confiance avec les détenus, cette exigence du jeu théâtral pour une personne maladivement timide comme moi a été une épreuve. Et pourtant, la magie du théâtre a opéré. Je veux parler de cet instant de confiance réciproque qui se noue avec le partenaire, confiance fragile parfois, mais qui nous autorise subitement à revendiquer ce droit à être là et à changer de peau. Si je retiens une chose de ces deux premières séances passées à Réau, c’est donc bien celle-ci. Elle m’ont permis de m’autoriser, l’espace de deux petites heures dans une semaine chargée, de souffler et d’être autre.
À suivre.

Source : agorasp.org

_________________
Titi_nikki

La prison est un dépotoir de ce que la société ne sait pas gérer


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MessagePosté le: Jeu 26 Fév - 11:49 (2015)    Sujet du message: Publicité

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