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Un vendredi après-midi avec les détenues de Fleury-Mérogis

 
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titi_nikki
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MessagePosté le: Sam 23 Juil - 20:17 (2016)    Sujet du message: Un vendredi après-midi avec les détenues de Fleury-Mérogis Répondre en citant

Un vendredi après-midi avec les détenues de Fleury-Mérogis



A l'intérieur de Fleury-Mérogis en octobre 2015 (ERIC FEFERBERG / AFP)

Un vendredi après-midi de la fin juin, la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis (Essonne) organisait un défilé avec la créatrice Sakina M’Sa, la chanteuse Sônge et quelques détenues. Reportage.

Il faut dépasser la prison pour hommes, gros blocs de béton cachés derrière des grillages surmontés de barbelés, et poursuivre jusqu’au fond d’une allée ombragée pour parvenir à la section de Fleury Mérogis où sont détenues 250 femmes, soit 5% de l’ensemble des prisonniers. C’est un vendredi après-midi pas comme les autres à Fleury (Essonne). La prison accueille un défilé de ses détenues orchestré par la créatrice de la Goutte d’Or Sakina M’Sa doublé d’un concert de Sônge, jeune chanteuse de r’n’b électronique, à mi-chemin entre M.I.A et Banks, originaire de Quimper et désormais installée à Barbès.
On passe une lourde porte, quelques contrôles comme dans les aéroports, on certifie s’être bien débarrassé de notre portable, et nous voilà à l’intérieur de la prison. S’enchaînent des portes blindées et des sas jusqu’à un long couloir circulaire à la peinture rose écaillée. Par les grandes fenêtres, on aperçoit des bâtiments de deux étages qui abritent les cellules, et semblent tout droit sortis de l’Allemagne de l’Est des années 70. Nos accompagnatrices poussent une dernière porte et c’est l’effervescence.

Dans une petite pièce sont rassemblées une trentaine de femmes maquillées et coiffées comme pour un gala, arborant des robes aux motifs graphiques et perchées sur des talons aiguilles vertigineux. Ce sont toutes des détenues, à l’exception de la créatrice et de ses assistantes qui s’activent pour rendre ce jour mémorable. Sônge, 28 ans se tient en retrait, dans les coulisses du gymnase qui abrite l’événement, les observant s’entraîner à défiler. C’est sa première fois dans un établissement pénitentiaire.
Si depuis 2015, un ou plusieurs journalistes peut/peuvent pénétrer dans l’enceinte d’un établissement pénitentiaire s’il(s) accompagne(nt) un parlementaire, ces défilés sont, eux, le fait du pôle culturel du SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) du 91. Fonctionnant par départements, les 103 SPIP de France sont chargés du suivi et de la réinsertion des détenus des 188 prisons françaises. Leurs pôles culturels développent, eux, des événements du type concerts, cours de danse, défilés etc. en milieu fermé.
Objectif : s’occuper 
Catherine, 62 ans, petit bout de femme aux cheveux blonds soigneusement brushés, y a, elle, déjà passé neuf ans. Une exception pour la maison d’arrêt qui accueille principalement des personnes purgeant des peines courtes ou en attente de jugement. “On n’a pas de frigo, ni de plaques contrairement à Réau [centre pénitentiaire de Seine-et-Marne accueillant des détenus condamnés à de longues peines, ndlr] par exemple, mais il y a plus d’humanité ici“, assure-t-elle. Catherine était costumière, “dans le théâtre, le cinéma, avec des stars”. Elle marque une pause. Silence. On ne saura pas ce qu’il s’est passé. La mention d’un “crime de sang” sera lâchée plus tard, au détour d’une phrase, sans plus de précision. Il est de mauvais goût de demander aux détenues le motif de leur présence à Fleury. Ici, le regard doit être tourné vers l’avenir. Pour éviter la dépression.
Catherine travaille tous les jours de 7h30 à 13h30, “au double face“. Comprendre : à poser du scotch double-face sur des emballages pour  différentes marques. Rémunération : 300 euros par mois. ‘Il y a eu une vraie détérioration des conditions de détention, lâche-t-elle. Il y a de moins en moins de surveillants, d’ateliers. Avant, on animait une émission de télé, c’était super.” Maintenant il y a l’atelier patchwork et le club de lecture. “Ça m’occupe“, dit-elle dans un sourire résigné. Elle a le contact facile, passe sa main dans notre dos, le regard un peu à l’ouest, la voix traînante.
BFM TV et dramédie 
L’opposé de Myriam en somme. Une liane brune de 25 ans, qui se déplace à grandes enjambées sur ses talons de douze, riant à gorge déployée, toutes dents dehors. Elle attrape une chaise, et nous parle de son problème de journaux. “On cantine pour les journaux. Je demande souvent Le Parisien, mais je le reçois très en retard ou même jamais. Il y a toujours de soi-disant problèmes de livraison. C’est quasiment impossible de se tenir au courant de ce qui se passe dehors ici. Ah si on a BFM TV !” La voilà repartie se préparer pour le défilé. On se faufile parmi le public, composé de détenues, de visiteurs de prison, de bénévoles en charge des ateliers. Devant nous, un groupe de femmes aux cheveux blancs s’occupent de l’atelier patchwork :
Citation:
On évite de trop en parler autour de nous, c’est souvent mal vu. On nous demande pourquoi on aide ces filles, on nous dit qu’elles ont mérité ce qui leur arrive”, nous dit l’une d’elles, “mais nous, on n’est pas là pour juger. Elles l’ont déjà été. On en parle pas d’ailleurs de ce qu’elles en ont fait, et on les arrête souvent quand elles commencent, en leur rappelant qu’on est là pour découper et coudre des tissus, pas pour parler de leur séjour ici, ou de ce qu’elles ont fait. C’est important qu’elles oublient quelques heures, c’est une respiration essentielle, une forme d’évasion.”


Sônge a revêtu une veste matelassée colorée et s’est postée derrière son clavier. Sa voix grave et douce résonne dans le gymnase, accompagnant les détenues qui défilent les unes après les autres sur le tapis rouge traversant la pièce gigantesque. L’hystérie gagne leurs potes dans le public, qui les acclament avec force cris, sifflets et exclamations. Les gardiennes, postées dans un coin, sourient. Les mannequins d’un jour se détendent, marchent d’un pas assuré, prennent des poses. Tout le monde oublie, l’espace d’un instant, qu’on se trouve à Fleury. L’ambiance évoque même la série Orange is the New Black, qui a parfaitement saisi la dramédie se jouant derrière les portes d’une maison d’arrêt pour femmes.

Le gymnase qui accueillait le défilé (crédit : DISP PARIS)

“Ca a un peu merdé, il y a eu séquestration” 
A la fin du défilé, retour en coulisses. Les détenues sont à la fois soulagées et surexcitées. Le directeur de la MAF (maison d’arrêt pour femmes), Thomas de Parscau, 26 ans et des études de droit derrière lui, est présent. “Je trouvais ça trop froid, je voulais bosser avec de l’humain” explique-t-il d’un air sincère. “Je ne suis pas là pour les juger. Je suis là pour les aider à se reconstruire, à préparer leur vie après la prison car ici elles ne restent souvent pas longtemps, il est donc possible de se tourner entièrement vers l’après.” On recroise Myriam qui nous raconte d’un air détaché, comme si elle nous parlait de son dernier Big Mac, être là depuis deux ans, avoir six ans à tirer pour un braquage à main armée avec son copain, “qui en a pris pour douze ans, fais chier:” “Ça a un peu merdé, ‘y a eu séquestration”. Résultat : elle n’a pas terminé le BTS immobilier qu’elle suivait.
Là dessus intervient Rosine, 42 ans, une dentition brinquebalante, les yeux bleus, l’air effacé mais tout de même l’envie de parler, de donner sa version de Fleury. “Là vous pensez qu’on est toutes copines mais non. C’est pas toujours comme ça. Ici c’est chacun pour soi. Faut pas emmerder les autres et faut penser à soi.” La journée, elle est peintre en bâtiment de 8h à 16h30, payée 200 euros par mois. “La crise nous affecte ici aussi, c’est super dur, et on pense tous qu’à notre gueule.” Elle est tombée pour vol. Dix-huit mois.
“Ici, tout le monde explose” 
Soudain, Myriam fait les cent pas, passe de groupes en groupes. Des shampoings et autres produits pour les cheveux leur ont été offerts par Sakina et sa bande mais les gardiens refusent de les leur donner directement et leur promettent qu’elles les auront dans leurs cellules. “J’ai caché les miens. Je connais leurs excuses. On les auras jamais. Pour le dernier défilé, c’était pareil.” Une autre fille proteste, lui affirme que le directeur a donné sa parole. “Olalala, ça se voit que tu viens d’arriver toi !” lâche-t-elle, moqueuse. L’autre baisse la tête, se tait. Elle s’est fait arrêter pour escroquerie, est là depuis deux semaines, a pris pour dix-huit mois :
Citation:
“Ca remonte à 2014. J’avais retrouvé un job, j’avais une vie. Mais ça ne me brisera pas. Mon but c’est de me reconstruire ici. Faut juste être sociable, pas timide ou solitaire.”


Elle vit à quatre dans une cellule. “Ah non, on dit pas “cellule” ! C’est pas ça pour moi, c’est ma colloc’ !” Toutes ces femmes ont leur truc pour décompresser. Rayer certains mots de leur vocabulaire. Se lancer dans le patchwork. Ou faire du sport à haute dose, comme Myriam. “Je fais des abdos, je cours. Sinon j’explose. Ici, on dirait pas, mais tout le monde explose.
C’est l’heure de retrouver leur cellule. Les détenues traînent des pieds, oublient leurs affaires aux quatre coins de la pièce, prennent Sakina dans leurs bras. Myriam fond en larmes. “C’est une dur Myriam, je l’ai jamais vue pleurer”, commente une détenue qui l’attend à nos côtés. Comme elle s’apprête à franchir la porte, une autre femme se tourne vers nous et nous lance dans un sourire : “Bonne journée, et profitez bien du soleil”.


Source : lesinrocks.com
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Titi_nikki

La prison est un dépotoir de ce que la société ne sait pas gérer


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MessagePosté le: Sam 23 Juil - 20:17 (2016)    Sujet du message: Publicité

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